Mercredi 24 septembre 2008
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Bien aimé ta note sur les gogues dans les écoles. C'est tout à fait ça : une honte ! Les pires que j'ai vues
c'était au collège de Bailleul : l'odeur envahissait jusqu'au préau couvert !... Ajoute à cela le fait qu'elles constituaient un lieu de rendez-vous relativement protégé de la vigilance des pions
qui ne surveillaient pas de préférence dans ce coin-là et tu as une idée du jus psychologique dans lequel baignaient les gosses à la récréation. On devrait pouvoir considérer ça en terme de
symptôme, d'acte manqué de refoulé, de dénégation, ou que sais-je d'autre... dans ce registre. Du temps où j'étais enseignant, je me disais que si j'étais architecte, qualité d'accueil oblige,
confort, je commencerais par les chiottes, et puis je construirais l'école autour.
Baisers fraternels à tous deux
Guy Ferdinande
LES TOILETTES SCOLAIRES,
ENFIN, ON S’EN PRÉOCCUPE !
Responsables de multiples et innombrables colopathies chez les enfants et les adolescents, les toilettes des écoles, collèges et lycées deviennent enfin un sujet
d’actualité ! Il était temps ! Immondes, dépourvues de papier ou alors très chichement distribué par des municipalités rurales d’une pingrerie d’un autre âge, parfois dépourvues de portes dignes
de ce nom et laissant aux chieurs la nécessaire intimité des besoins naturels, les chiottes des cours de récréation sont une injure à la civilisation. Étant moi-même une victime de conditions
chiatiques épouvantables dans mon enfance, père de victimes et espérant de pas en être le grand-père (mais Barbara me dit que rien n’est joué !) j’ai écrit un jour une lettre à un maire réclamant
pour mon école des gogues calibrés au même confort que ceux des aires d’autoroutes qui sont souvent nickel. Comment se torcher sans papier sans avoir recours à la litanie des torche-cul de
Rabelais, se laver les mains sans savon, se les rincer sans essuie-mains ? Je terminais ma missive par cette phrase : "Un enfant qui a le cul bréneux ne peut pas travailler correctement". Mon
inspecteur de l’époque, qui n’était pourtant pas un rigolo, a - m’a-t-il dit - photocopié ma lettre et l’a adressée à tous les premiers magistrats de sa circonscription. Je fus donc, là encore,
un pionnier de la résistance contre le mépris de nos anus et du reste.
Dans la même veine j’ai stigmatisé le café Hugo, de la place des Vosges, au carrefour de la rue du Pas de la Mule, doté de chiottes pleines de pisse sur le
carrelage et d’une hygiène et de commodités plus que douteuses. Cela sur le site BAIGNADE INTERDITE où vous pouvez évaluer les cabinets d’aisance
de France, de Navarre et d’ailleurs. J’ai du reste publié une photo. Le palmarès des cagoinsses scolaires constitue en soi un réquisitoire implacable contre ces anticipations des enfers.
Participez, notez, applaudissez, vouez aux gémonies, critiquez vertement les goguenots du monde entier ! C’est cela aussi l’Internet !
M.D.
Par Michel Debray
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Publié dans : Amiteux
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Mercredi 24 septembre 2008
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16:55
Interview de Raoul Vaneigem, un regard situationniste sur mai 68 et sur maintenant.
Dans son nouveau livre, "Entre le deuil du monde et la joie de vivre"(Gallimard), il dresse un bilan passionnant de Mai 68 et de ce qu'il en reste. Il y répète aussi qu'à l'égard de ce
qu'on pourrait dire de sa pensée ou de ses actes, il est aussi indifférent "que l'averse effaçant sur un trottoir des traces de vomissure".
Q: On fête les 40 ans de Mai 68 dans une atmosphère de restauration. Vous dites
au contraire que Mai 68 fut "un premier cri d'alarme" qui a changé le monde de
manière durable. Que reste-t-il de mai 68 ?
R: Rien pour les soixante-huitards trotskisto-maoïstes qui avaient déjà à l'époque les qualités requises pour se reconvertir dans l'affairisme. Tout, en revanche,
pour ceux qui perçoivent dans le Mouvement des occupations de Mai 1968 le début d'une révolution, qui en est à ses premiers balbutiements. On n'a pas encore mesuré à quel point nous sommes au coeur
d'une mutation où s'opère le périlleux passage d'une civilisation marchande millénaire à une civilisation humaine, souvent esquissée et toujours réprimée (la Révolution française, la
Commune de Paris, les conseils ouvriers en 1917, les collectivités libertaires espagnoles de 1936). Ce qui, en 1968, s'est exprimé avec la lucidité d'une brusque et brutale révélation n'est rien de
moins que le refus de la survie au nom de la vie. La table sacro-sainte des valeurs patriarcales a été brisée définitivement : c'en est fini de l'exploitation de la nature, du travail, de
l'échange, de la prédation, de la séparation d'avec soi, du sacrifice, de la culpabilité, du renoncement au bonheur, du fétichisme de l'argent, du pouvoir, de l'autorité hiérarchique, du mépris et
de la peur de la femme, de la subornation de l'enfant, de l'ascendance intellectuelle, du despotisme militaire et policier, des religions, des idéologies, du refoulement et de ses
défoulements mortifères. Ce n'est pas un constat, c'est une expérience en cours. Elle n'a que faire de commémorations. Elle réclame seulement plus de vigilance, plus de conscience, plus de
solidarité avec le vivant. Nous avons besoin de nous
refonder pour rebâtir sur des assises humaines un monde ruiné par l'inhumanité que propagent partout l'esprit mercantile et le culte du profit à court terme.
Q: Mais la société marchande, le "décervelage", la "société du spectacle" ont tout gagné, y compris les anciens soixante-huitards. C'est le règne de
l'argent.
R: Nous assistons à la faillite d'un système fondé sur l'exploitation cupide de l'homme et de la nature. Nous sommes dans une économie qui se détruit endétruisant la planète. Au
lieu d'investir dans la modernisation des secteurs prioritaires, le capitalisme sacrifie à la spéculation boursière l'industrie et les services publics qu'il se glorifiait hier de promouvoir. La
prédominance de la rentabilité et l'urgence du profit ont propagé un nihilisme, où l'envers vaut
l'endroit et un désespoir que la frénésie consumériste accroît et exorcise tandis que le pouvoir d'achat diminue. Le culte de l'argent établit, plus qu'une complicité, une communion d'esprit entre
le malfrat qui agresse les pauvres, brûle une école, une bibliothèque et la brute affairiste qui accroît ses bénéfices en détruisant le bien public et les acquis sociaux. Jamais ceux qui
s'arrogent le titre de dirigeant n'ont atteint à un tel degré d'incompétence et de stupidité et jamais ce "moins que rien" dont ils s'infatuent n'a autant passé pour "quelque chose", tant se
perpétue le préjugé que l'homme n'est pas capable d'agir de façon autonome et de créer sa propre destinée. Le clientélisme
politique a corrompu les démocraties, désormais à la botte des multinationales. Il n'y a plus ni idées ni croyances qui ne se trouvent dénuées de sens, éviscérées, réduites à cet état de charogne,
qui fascine les foules aveuglées par le ressentiment, le désespoir, l'ultime prédation, la quête angoissée d'un emploi d'esclave et l'impression d'existence absurde, propice à une grande variété de
comportements suicidaires (tueries de Colombine, massacres du Rwanda et de l'ex-Yougoslavie, barbarie islamiste) Mais l'obscurantisme à la mode a beau propager l'insensibilité, la servilité, le
fatalisme, la loi du plus fort et du plus rusé, rien n'empêchera la pensée radicale de progresser et de miner souterrainement le spectacle où la misère existentielle est érigée en vertu. Comment ce
qui était insupportable en 1968, alors que l'économie était florissante, ne le serait-il pas davantage aujourd'hui ? Est-il besoin de jouer les prophètes pour prévoir que la volonté de vivre
balaiera de sa vague ce monde en ruines, où chacun a la sensation de végéter dans l'absurdité de son inexistence ? Il faudra bien que les critères de vie (amour, amitié, solidarité, générosité,
créativité, désir de bonheur et de jouissance, avidité de savoir) se substituent aux vieux critères d'un pouvoir patriarcal révolu !
Q: Peut-on échapper à la récupération ? Quel est encore aujourd'hui l'apport du situationnisme ?
R: Le situationnisme est une idéologie. Les
situationnistes ont toujours récusé ce terme. Celui qui refuse tout pouvoir, n'accepte de gouverner, ni d'être gouverné, n'entre pas dans ce "spectacle de la vie où la vie est niée", ne sépare pas
ses idées de sa propre existence quotidienne, préfère l'être à l'avoir et l'authenticité de ses désirs à leur falsification consumériste,
celui-là est irrécupérable.
Q: Vous êtes critique avec une certaine écologie, qui dites-vous, remplace un capitalisme par un autre ?
R: De l'avis même de ses promoteurs, le capitalisme financier est condamné àl'implosion à plus ou moins longue échéance. Cependant, sous cette formesclérosée se profile un capitalisme redynamisé
qui projette de rentabiliser lesénergies renouvelables et de nous les faire payer très cher alors qu'elles sont
gratuites. On nous "offre" des biocarburants sous la condition d'accepter des cultures de colza transgénique, l'écotourisme va faciliter le pillage de la biosphère, des parcs d'éoliennes sont
implantés sans avantages pour les consommateurs. C'est là qu'il est possible d'intervenir. Les ressources naturelles nous appartiennent, elles sont gratuites, elles doivent être mises au service de
la gratuité de la vie. Il appartiendra aux collectivités d'assurer
leur indépendance énergétique et alimentaire afin de s'affranchir de l'emprise des multinationales et des Etats partout vassalisés par elles. L'occasion nous est offerte de nous approprier les
énergies naturelles en nous réappropriant notre propre existence.
Q: Plus que jamais, les gens cherchent-ils à survivre plutôt qu'à vivre et - du moins - à confondre ces deux concepts ?
R: Survivre relève de la
condition animale. Vivre est la spécificité de l'homme. En se dégageant de l'animalité, il acquiert la capacité de créer sa propre destinée et de recréer sans cesse le monde. Or la nécessité de
travailler le ravale au statut de bête de somme.
Le consumérisme ne lui a permis de survivre mieux qu'en vivant moins. Mais le prix des biens consommables ne cesse d'augmenter. La survie des espèces planétaires, l'homme y compris, est menacée.
C'est pourquoi je mise sur un sursaut de la volonté de vivre. Il n'existe aucun exemple dans l'histoire d'une société, si dévastée soit-elle, qui n'ait réussi à se relever de ses ruines.
Q: La révolte est devenue difficile, car les pouvoirs paraissent déjà très ébranlés. L'aliénation, pour prendre un concept marxiste, est devenue intériorisée. Sans même de chefs, de prêtres, de
gourous ou de "despotes", chacun semble estimer "qu'il n'y a pas d'alternative" à un monde dont pourtant chacun perçoit les dérives mortifères (environnement, inégalités, pression du travail,
etc.).
R: De fait, jamais la servitude volontaire n'a été aussi grande. Les mafias affairistes tirent profit de cette peur viscérale qu'elles entretiennent et qui courbe les foules comme si elles étaient
sous le feu d'une troupe imaginaire. Il existe pourtant des collectivités, des initiatives individuelles qui attestent la présence de forces créatrices, mais l'information à la solde des intérêts
boutiquiers les étouffe sous sa chape de silence. De la créativité individuelle
et de la volonté de vivre mieux peut naître une démocratie autogestionnaire capable de révoquer cette imposture démocratique qui ose appeler liberté la tyrannie du libre-échange, le droit
d'escroquer le bien public et la manipulation clientéliste des électeurs. Sur les murs de la grisaille existentielle qu'élèvent autour de nous les commis-voyageurs de l'affairisme mondial, je
souhaite que refleurissent ces mots de Loustalot, qui, datant de la
Révolution française, n'ont rien perdu de leur insolente nouveauté : "Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous !"
Q: Peut-on échapper au travail marchand ?
R - Il le faudra bien, puisqu'il nous échappe de plus en plus. Ceux qui appellent à travailler davantage sont les mêmes qui ferment les usines pour les jouer en Bourse. Ils privilégient le travail
parasitaire en multipliant les services inutiles et ils envoient à la casse les secteurs prioritaires (écoles, hôpitaux, métallurgie, textile, logement, transports). Seule une créativité
développant les énergies naturelles et les mettant, selon un réseau de collectivités autogérées, au service des citoyens, rendra possibles la fin du travail d'exploitation et la mise à sac de la
nature terrestre et humaine.
Q: Quel espoir avez-vous ? Un nouveau Mai 68 ? Que devraient faire les jeunes d'aujourd'hui ?
R: Apprendre à vivre, non à se vendre. Ils y viendront d'eux-mêmes quand ils comprendront quel esclavage les attend sur le marché de dupe du travail. Quand, refusant la compétition (les mécanismes
économiques qui nous robotisent), l'arrivisme, le culte de l'argent à tous prix, ils accorderont enfin la priorité
à l'amour de la vie et à leur vie amoureuse, à la connaissance du vivant, à l'amélioration de leur environnement, à l'émulation personnelle, à la seule richesse qui soit : la richesse de l'être et
non de l'avoir. Quand ils s'aviseront qu'il ne s'agit pas d'être le meilleur mais de vivre mieux. Quand ils refuseront de cautionner des gouvernants qui construisent des prisons et suppriment des
écoles au lieu de les multiplier. Quand ils s'insurgeront contre une éducation concentrationnaire qui favorise la violence et va à l'encontre du
sens même d'un enseignement véritablement humain apprendre pour donner son savoir aux autres. La vie a tous les droits, la prédation n'en a aucun. Ne vous étonnez pas que le combat commence à
peine. ***
D’après la lettre d’infos de Benoît MAGNAT
benoist.magnat@wanadoo.fr
Lien utile : http://membres.lycos.fr/endehors/page11.html
Slogans oubliés
Les plus beaux baisers sur les banderoles.
Le mois de juin n'a qu'une seule cloche.
Le sommeil est l'ennemi des bavards.
La nubilité de mai.
L'avoine est la soie du pendu.
Les frasques des bisons.
Hormis la raclée, pas de seins.
Le vent n'a pas de perles.
Oser l'ulcère.
Rends violette pour violette.
Les chevelures poussent sur les pavés.
Les nuages montent aux lèvres.
Une barricade en forme de braguette.
Vos cuisses claquent comme des drapeaux noirs.
Une feuille suffit à emplir le boulevard.
Le quartier est dans ses beaux draps.
Si tu veux jouir, couche avec la révolte.
Par Michel Debray
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Publié dans : Metteux d'fu
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Mercredi 24 septembre 2008
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16:36
Il n'y aura pas de prochain Poil sous sa forme revue-papier.
Trop coûteux, trop de travail et d'allers-retours pour le faire polycopier, trop de retours "n'habite pas à l'adresse indiquée", trop de retours tout courts.
Près de 200 numéros, mais vient la lassitude.
Tant pis pour ceux qui n'ont pas Internet.
Je perdrais des lecteurs, je trouverai des internautes.
N'oubliez pas de vous abonner. C'est aussi gratuit que l'ancien POIL !
N'oubliez pas non plus de laisser vos commentaires. Merci.
Les catégories sont indiquées en picard. C'est ainsi.
Je traduis quand même :
les cabotans sur ein-ne toéles, ce sont les acteurs de cinoche,
les faiseurs d'boucan, les musiciens,
les metteux d'fu : les rebelles,
les treus du tchul : les trous du cul,
les réderies : les souvenirs,
les clavardaches, c'est la forme picarde d'un néologisme québecois (les brèves de clavier ou les échanges sur le Net),
les amiteux : les amis, ceux qu'on aime,
les berdlages : les coups de gueule mezzo-voce.
Nou péyis sera consacré à la Picardie.
BISES A TOUS !
LONGUE VIE AU NOUVEAU POIL !
Par Michel Debray
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Publié dans : Clavardages
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